S'abonner à mon fil RSS

Une première : les citoyens de Sherbrooke remportent une victoire lors d’un référendum contre le plan d’urbanisme

Dimanche 6 mai, j’étais à Sherbrooke pour suivre le déroulement du référendum sur le plan d’urbanisme. Les opposants : d’un côté la Ville de Sherbrooke et deux agences de relations publiques dont les services ont été retenus par la ville (et payés par les contribuables) ; de l’autre, les simples citoyens de Sherbrooke, avec très peu de moyens, mais unis au sein de la Coalition Sherbrooke milieu de vie (CSMV). Les citoyens ont voté contre l’adoption du plan d’urbanisme et ils ont gagné par près de 5 000 voix. À ma connaissance, c’est une première au Québec car jamais, de mémoire, de simples citoyens, dépourvus de moyens financiers, ont pu faire échec à une ville qui mobilise tous ses conseillers, investit des dizaines de milliers de dollars (la rumeur veut que Sherbrooke ait dépensé autour de 150 000 $), et demande aux gens d’affaires d’intervenir.

L’éditorialiste de La Tribune, Luc Larochelle, a analysé la défaite du maire Perrault. Son analyse correspond beaucoup à celle faite par Thierry Nootens et par Jean-Michel Beaucher, les porte-parole de la Coalition Sherbrooke milieu de vie : arrogance et mépris des élus (dans les derniers jours de la campagne, plusieurs s’en prenaient directement à Thierry Nootens) ; ignorance totale des opposants et de leurs arguments (le club des 12 (des « personnalités » de Sherbrooke) a rencontré les élus municipaux pour se faire expliquer le plan d’urbanisme, mais jamais les membres de ce club n’ont daigné rencontrer les gens de la CSMV et entendre leur position).

Ce qui m’intéresse au plus haut point dans cette victoire, c’est la stratégie de communication utilisée par la CSMV dans cette lutte inégale. La CSMV, depuis le début, a toujours utilisé le même discours, émaillé d’arguments solides et sensés. Même lorsque les attaques de la Ville ont été dures, sutout contre Thierry Nootens, la CSMV n’a pas modifié son discours. La coalition a fortement dénoncé l’utilisation de l’argent des contribuables par la Ville pour financer leur campagne de communication, alors que la CSMV s’est débrouillée avec un maigre budget, résultat de dons. La CSMV a également beaucoup utilisé la communication virale pour rejoindre les résidents de Sherbrooke, en plus de solliciter des appuis auprès d’organisations ayant des valeurs identiques et complémentaires (je pense ici aux étudiants et aux associations syndicales qui ont des positions très claires sur le développement durable). Enfin, la CSMV a compté sur le traval de bénévoles convaincus et convaincants. Voilà quelques-unes des stratégies et des tactiques de communication utilisées par Thierry et Jean-Michel.

Il y a deux leçons à retirer de ce référendum. La première concerne les stratégies de communication à utiliser dans des dossiers de ce genre ; la seconde touche aux manières traditionnelles de faire de la politique et de penser pouvoir faire avaler n’importe quoi aux payeurs de taxes. Comme l’écrit Luc Larochelle : « Le peuple recommencera à porter attention à l’élite quand l’élite daignera tendre l’oreille pour écouter le peuple. » Cette phrase, pleine de sens, s’appliquerait d’ailleurs très bien à d’autres élus d’une ville de banlieue de Montréal qui refusent d’écouter leurs commettants. C’est une histoire qui connaîtra un dénouement très bientôt.

Matière à réflexion : Comment une administration municipale peut-elle utiliser l’argent des contribuables pour tenter d’expliquer et de faire avaler de force un projet, alors que ces mêmes contribuables lui font savoir qu’ils ne sont pas d’accord ? Comment une administration peut-elle agir ainsi, alors qu’elle répète sur les tribunes que les citoyens n’ont rien compris ? N’aurait-il pas été mieux d’engager le dialogue avec les citoyens, d’écouter leurs revendications et de modifier le projet en conséquence ?

Cette note a été postée le Lundi, mai 7th, 2007 à 3:52 dans la catégorie CONSULTATIONS PUBLIQUES, LOBBY, MES SERVICES, RÉFLEXIONS ET EXPÉRIENCES, RELATIONS DE PRESSE. Vous pouvez suivre les commentaires à propose de cette note grâce à ce flux RSSRSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou insérer un trackback depuis votre site.


Laissez un commentaire