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Médias sociaux contre médias traditionnels

Coup sur coup, je lis trois billets sur le pouvoir des médias sociaux et des médias traditionnels. Le premier billet est de Michelle Blanc. Deux autres billets sont signés par Christian Leray. Michelle se passe de présentation évidemment. Christian Leray, je ne le connais pas. J’apprends qu’il est président de Prisme Média, une société qui réalise des analyses de presse.

Je commence par le billet de Michelle : Le fait journalistique n’a plus de valeur. Michelle affirme que le fait journalistique n’a plus de valeur. Elle prend pour exemple le Jour de la Terre qui a été joué en une de tous les quotidiens montréalais, sauf le Journal de Montréal. Elle considère que ces unes n’avaient que peu de valeur et voici pourquoi :

« Durant tout le week-end, j’étais déjà abreuvée des informations des chaînes d’informations continues, la vidéo accélérée de l’arbre vivant avait déjà fait plusieurs fois le tour du Web et depuis plusieurs semaines déjà la campagne de sensibilisation au Jour de la terre avait préparé la population à cette fameuse journée. Pourquoi donc aurai-je payé l’un de ces journaux qui me ressassaient ce que je savais déjà ? »

Il est vrai que si on utilise plusieurs sources d’information pour se renseigner, les médias imprimés sont en retard puisqu’ils rapportent les nouvelles de la veille. Le web, les médias sociaux et les réseaux sociaux nous renseignent beaucoup plus rapidement et souvent en temps réel. La véritable valeur ajoutée des médias traditionnels tient plus à mon avis au journalisme d’enquête et aux opinions des chroniqueurs et éditorialistes, que l’on soit d’accord avec eux ou pas. Michelle partage aussi cet avis comme elle l’écrit dans son billet :

« À contrario, si le fait journalistique ne vaut plus rien, l’analyse, la réflexion, la valeur ajoutée et le journalisme d’enquête ont maintenant une grande valeur. Le lectorat de The Economist est en progression constante tandis que celui de The New York Times est en déclin constant. »

Christian Leray signe deux billets diffusés sur le site internet de la SQPRP. M. Leray est sceptique devant le pouvoir qui serait conféré aux médias sociaux. Dans son premier billet, il écrit :

« Inversement, il apparaît que les médias sociaux sont pleins de promesses puisqu’ils permettent de rejoindre à moindres frais un large public et de susciter engagement et conversion. La campagne Kony 2012 en est l’éclatante illustration. Certains vont même plus loin en affirmant que le Printemps arabe est dû principalement aux médias sociaux.

Arrivé là, la question est de se demander s’il est juste de leur reconnaître un tel pouvoir d’influence. »

On devine que M. Leray entretient un certain scepticisme envers les médias sociaux et de leur pouvoir d’influence. Il cite la campagne Kony 2012 et il explique son succès par un « magistral plan de communication » qui soutenait cette campagne. Il fait référence ensuite à la crise qui a secoué Lassonde. Il affirme :

« Contrairement à Kony 2012, les jus Oasis sont l’illustration d’une campagne négative sur les médias sociaux, la première au Québec selon la plupart des commentateurs. Pourtant, que remarque-t-on? Que tout a été déclenché « après que La Presse eut relaté la bataille judiciaire que livre une petite entreprise pour pouvoir utiliser le mot «Oasis» dans sa marque de commerce » (La Presse, 7 avril 2012). »

Je tiens à faire remarquer que cette affaire avait été rapportée par La Presse à ses débuts (il y a environ deux ans) sans que les médias sociaux s’en emparent. Il n’y avait pas eu non plus d’indignation à la suite de la publication du premier article.

M. Leray conclut son premier billet par cette affirmation :

« C’est troublant car il apparaît que tout commence encore avec la presse traditionnelle. Sans l’effet loupe du média sur ce sujet, aucune polémique sur les réseaux sociaux n’aurait vu le jour. (…) À partir de là, on peut légitimement se poser la question de savoir si c’est la presse traditionnelle, forte de ses millions de lecteurs, téléspectateurs et auditeurs, qui a eu le plus d’influence, ou si c’est Twitter, qui atteint 9 % de la population, comme à peu près tout le monde semble le dire … »

On en conclut que M. Leray entretient beaucoup de doutes envers les médias sociaux et de leur supposé pouvoir d’influence.

Dans son deuxième billet, M. Leray s’emploie à démontrer la très grande influence de la presse traditionnelle. Dans le cas des jus Oasis, il estime que c’est La Presse qui a entretenu la polémique. Peut-être. Mais si, après la publication de l’article dans La Presse, les médias sociaux ne s’étaient pas emparés de l’affaire ? Si personne n’avait protesté via Facebook, Twitter et autres supposés médias sociaux influents, y aurait-il eu polémique ?

M. Leray affirme plus loin :

« Dans cette affaire, les médias sociaux sont à la remorque de la presse traditionnelle. Ils ne créent pas l’évènement, ils ne sont qu’un lieu de réaction. Ce sont les médias traditionnels qui alimentent les contestations sur les médias sociaux. » 

Les lecteurs de ce blogue auront tôt fait de citer des événements où les médias traditionnels ont pris le relai des médias sociaux qui rapportaient en premier une nouvelle. Je suis certain que Michelle a plusieurs exemples en tête.

Pour conclure

Sous l’angle des relations publiques, je considère les réseaux sociaux et les médias sociaux comme des outils de diffusion, à la disposition des professionnels des relations publiques. Je leur reconnais un pouvoir d’influence lorsqu’ils sont bien utilisés, qu’ils font partie d’une stratégie de relations publiques bien pensée, qu’ils complètent une utilisation des médias traditionnels. J’ai d’ailleurs un cas où, devant l’indifférence des médias traditionnels, le recours aux médias sociaux a permis au client d’atteindre son objectif. Je suis le premier à reconnaître qu’une histoire à la une des quotidiens et en tête des bulletins de nouvelles télévisés aura un impact certain, considérant la taille de l’auditoire des médias traditionnels.

Je reconnais aux médias sociaux leur utilité pour des organisations :

  • qui n’ont pas les budgets pour se payer les médias traditionnels
  • dont la nouvelle ou le cas n’intéresse absolument pas les médias traditionnels (plusieurs exemples me viennent en tête), mais intéresse la population
  • qui veulent maximiser leur impact par une utilisation complémentaire de la presse traditionnelle et des médias sociaux.

Bref, il faut se méfier des déclarations à l’emporte-pièce sur les vertus et les qualités de la presse traditionnelle et des médias sociaux.

MAJ

Michelle me fait remarquer, avec raison, que la dernière phrase de mon billet est ambiguë. En effet, on peut comprendre que tant Michelle que Christian Leray ont fait des déclarations à l’emporte-pièce. Ce n’était pas l’idée que je voulais rendre. Je voulais plutôt faire comprendre que j’ai une opinion qui reconnaît des mérites à la presse traditionnelle et aux médias sociaux, tout comme je reconnais que les deux ont des limites. En ce sens, mon billet se veut nuancé.

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Cette note a été postée le Mercredi, mai 9th, 2012 à 11:47 dans la catégorie COMMUNICATIONS, MATIÈRE À RÉFLEXION, MÉDIAS SOCIAUX, RÉFLEXIONS ET EXPÉRIENCES, RELATIONS PUBLIQUES. Vous pouvez suivre les commentaires à propose de cette note grâce à ce flux RSSRSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou insérer un trackback depuis votre site.


1 commentaire sur “Médias sociaux contre médias traditionnels”

  1. Carole Dupuis a écrit:

    Au début du texte, vous semblez confondre « médias traditionnels » et « médias imprimés ». Les organismes de presse traditionnels peuvent diffuser leurs contenus sur papier, sur le Web, sur les ondes… en direct, en différé, au fil des événements qui se produisent, à horaire fixe… S’il est vrai qu’ils ne peuvent matériellement pas se distinguer par leur instantanéité quand ils sont en format papier, ils devraient se distinguer par l’exhaustivité et par la crédibilité assurée des faits qu’ils divulguent, quel que soit le support utilisé. Je déplore la surabondance d’opinions et la carence effroyable de faits dans les médias traditionnels, sauf dans le cas des journalistes d’enquête qui se confinent généralement à la détection des scandales de tous genres. Par exemple, dans le contexte de la crise qui secoue présentement le Québec, chacun y va de son point de vue mais je n’ai pas encore eu l’occasion de lire un dossier chiffré et bien étoffé sur les conditions de vie des étudiants québécois.

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